Versant diabolique ou version démoniaque : la laïcité !?

samedi 22 décembre 2007

Discours politique plus que discours juridique, plus certainement « discours religieux », le discours présidentiel de Latran octroie désormais à un titre honorifique, une dimension sardonique.

Alors que, benoîtement, le Pape engageait récemment ses ouailles à élargir le champ de leurs activités missionnaires et à amplifier leurs interventions prosélytes, le Président de la République française se l’autorise avec aplomb, cherchant ainsi à défaire la République de sa qualité laïque. Celle-ci, pourtant, s’affiche dès le premier article la Constitution (et ce, depuis 1946). Ignorant combien l’histoire de France fut parcourue de multiples tendances intégrant toutes les connaissances venues d’autres contrées du monde, d’autres civilisations, d’autres cultures et… d’autres religions que la religion catholique romaine, il en appelle à la « foi » de ses citoyens et loue la « transcendance divine » !

L’irrationnel entre alors de plain pied dans le champ politique au risque de déconstruire de manière radicale le modèle de société que la France républicaine a laborieusement édifié depuis la Libération et surtout depuis les processus de décolonisation menés durant les années 1960.

L’œil rivé sur les sondages d’opinion, le Président fait de la « comptabilité sociale » une marque de fabrique. Alors que ceux-ci notent une déperdition de la fonction religieuse de Noël, il répond aux instances du Pape ; excluant toute considération de la diversité sociale et culturelle, son discours œuvre pour un ralliement religieux « majoritaire » au sein de la société française. Or, en France, remettre en question le principe de la laïcité pour le réduire à de vagues considérations relatives à la tolérance et à l’absence de discriminations est casser la logique instituante de la République française.

Composante historique de la construction républicaine, la laïcité est un attribut de l’Etat. Dans un Etat laïque, l’objectif est de garantir formellement la liberté de conscience en organisant l’indifférence des pouvoirs publics à l’égard des cultes et des religions notamment dans le but d’éviter l’interférence de toute autorité religieuse, quelle qu’elle soit, dans les processus de décisions publiques.

De plus, l’approche juridique de la laïcité ne s’effectue pas suivant les perceptions qu’en donnent ou en proposent les interprètes des différentes religions ou courants de pensée ; le principe de laïcité ne peut pas être lu et perçu à travers les dogmes et les pratiques. Le principe de laïcité est un « principe constitutionnel », il est un principe juridique et ne peut être réduit à une simple valeur morale. La laïcité est un principe fondamental qui a pénétré l’ensemble du système de droit et qui, en son universalité, garantit la séparation des pouvoirs – donc aussi des pouvoirs spirituels et temporels – et tous les droits de l’homme. Le respect par les institutions étatiques de ce principe essentiel permet seul le libre exercice par chacun de la raison critique. La laïcité a, en effet, pour objectif et finalité d’assurer la jouissance et l’exercice des droits de l’homme, de toutes libertés fondamentales. C’est peut-être justement à cause de cette fonction « rationnelle » que se comprendrait ce discours « religieux » de Latran.

De ce fait, ce serait alors en vertu du droit de résistance à l’oppression que ce principe permettrait au corps social comme à tout membre du corps social de s’opposer légitimement à toute loi qui se parerait de sonorités, teintes ou impulsions religieuses… à l’encontre de celui qui devrait être le principal garant des droits de l’homme et du citoyen : l’Etat.


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