Débattre ou penser l’Université, une activité à péage ?

ou : pourquoi il faut parfois appeler au boycott de certains colloques
mardi 29 septembre 2009 par Gilles J. Guglielmi

Une université organise, en région, cet octobre, un colloque consacré aux débats actuels sur l’institution universitaire.

Le plateau est prestigieux. Depuis les auteurs de rapports les plus notables des dernières années, Bernard Belloc, Eric Esperet - le premier, aujourd’hui conseiller à la présidence de la République -, jusqu’aux acteurs les plus critiques, comme les Pr André Legrand et Olivier Beaud, en passant par les meilleurs observateurs scientifiques de la réalité universitaire, tels les Pr Christophe Charle, Pierre Dubois, et François Watin.

Le propos est ambitieux. Il pose la question de savoir si, dans le contexte de crise de 2009, le recours au service public pour la production comme pour la transmission des connaissances, "doit être réaffirmé avec force, parallèlement aux avancées du libéralisme". Il invite à "poursuivre la réflexion sur le statut du savoir au sein de sociétés qui ne se passent plus de faire appel à lui, en interrogeant (...) les fondements de l’institution universitaire [qui] assume fondamentalement des responsabilités que l’on qualifierait volontiers de transcendantes : ses missions de formation des esprits – de tous les esprits – à l’analyse et au sens critique mettent en cause, éminemment, la démocratie elle-même".

Oui, précisément, de tous les esprits. La démocratie, oui aussi... Alors vient la question incongrue, déplacée, impertinente.

Pourquoi l’inscription à ce colloque est-elle payante ? On entend bien : l’inscription, indépendamment des repas - certes facultatifs mais dont on sait qu’ils font la majorité de l’intérêt des colloques - qui sont déjà facturés 100 euros.

Pourquoi l’inscription est-elle fixée à 50 euros, lorsqu’on sait que ce colloque sur deux jours exige donc de surcroît une nuit d’hôtel et un aller et retour en TGV ?

Pourquoi l’inscription est-elle gratuite pour les membres du PRES local, qui précisément n’assument pas ces charges annexes ?

Il faudrait donc s’acquitter d’un péage pour entendre traiter de questions qui peuvent être cruciales pour l’université, et qui, admettons-le, ont une forte connotation politique, et pour participer à ce débat ? Paradoxal, pour une région qui s’est définie dans l’histoire et dans son nom par la franchise de taxes...

Si l’on voulait écarter les jeunes enseignants chercheurs, on ne s’y prendrait pas autrement. Si l’on voulait éviter un débat national, on n’aurait pas trouvé meilleure discrimination. Quant aux plus anciens, dans lesquels je me range, ceux qui ont des convictions fortes quant à la gratuité de la réflexion universitaire (car il ne s’agit pas de recherche) refuseront par principe de cautionner un telle contradiction entre les intentions et les réalisations.

C’est finalement le meilleur moyen pour sélectionner son public, sur un autre critère que la taille, il est vrai...

Alors, tout simplement : non.


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