Propriété, souveraineté, mondialisation. Regards comparés

samedi 14 mai 2022 par Gilles J. Guglielmi

Colloque international du Centre de droit public comparé de l’Université Paris-Panthéon-Assas

Sous la direction scientifique de Philippe Cossalter et Gilles J. Guglielmi

Mardi 7 et mercredi 8 juin 2022
Centre Panthéon – Salle des Conseils

Le rapport entre propriété et souveraineté est un thème riche et bien connu, ne serait-ce que par la garantie du droit naturel à la propriété, qui est l’un des fondements de la souveraineté pour les philosophes des Lumières.

A l’époque contemporaine et sous un angle plus technique, le rapport entre propriété et souveraineté a été mis en lumière dès 1927 par un célèbre article de Morris R. Cohen, „Property and Sovereignty“ qui montrait déjà comment la propriété ne relève pas exclusivement des rapports privés ni la souveraineté de la sphère publique, bien que la propriété relève classiquement du dominium sur les choses qui devrait être strictement distingué de l’imperium exercé par l’Etat sur le territoire.

Aussi stimulant qu’il soit, l’article de Morris R. Cohen est très délimité dans son objet : il traite, dans le seul cadre intellectuel de l’Angleterre du début du XXème siècle, des atteintes à la propriété qui seraient justifiées par des considérations qui lui sont étrangères, dans le contexte du développement international du communisme. Il nous apprend que les notions de propriété et de souveraineté ne se construisent pas dans un rapport d’opposition, mais également de complémentarité.

La considération selon laquelle le droit de propriété devrait être aménagé pour assurer des considérations d’ordre public a prospéré jusqu‘à devenir un sujet classique, en droit public comme en droit privé, en France et dans le monde. Mais c’est évidemment un regard contemporain que nous voudrions porter, en prolongeant les visions classiques de la common law, du domaine public, de l’histoire du droit et du droit international public, par les évolutions juridiques qu‘entraînent les nouveaux outils technologiques fondateurs de nouveaux rapports économiques dans un contexte de mondialisation.

Le rapport d’opposition et de complémentarité entre la propriété et la souveraineté est en effet une porte d’entrée vers quelques-uns des thèmes les plus actuels et les plus stimulants du droit comparé.

Les enjeux de propriété sur les actifs immatériels et matériels sont tout d‘abord au coeur des plus intenses luttes d’influence entre grandes puissances. Qu’il s’agisse de la propriété des producteurs de matériels informatiques (5G, semi-conducteurs), des conditions d’accès aux terres rares et aux minerais (concessions minières) ou d’entreprises technologiques. Les enjeux stratégiques effacent les principes, qui n’ont d’ailleurs jamais été très fermement établis ni universellement acceptés, de la distinction entre propriété et souveraineté. Les enjeux de souveraineté sont aujourd’hui pour une large part des enjeux de propriété.

Le rapport entre propriété et souveraineté est ensuite renouvelé par l’émergence d’enjeux de société, notamment environnementaux, visant à limiter l’exercice du droit de propriété. Bien plus, les enjeux majeurs du réchauffement climatique et de la pollution des eaux et des sols impliquent que l’encadrement qui est fait de la propriété remette en cause les limites territoriales de l’exercice de la puissance souveraine. Il est indéniable en effet que le régime de propriété est déterminé par le souverain. Or la théorie des communs semble remettre en cause aussi bien l’exercice inconditionné du droit de propriété que la liberté des Etats de déterminer le régime de la propriété.

En troisième lieu, la dématérialisation et la déterritorialisation de l’économie entrainent une remise en cause de la puissance souveraine de l’Etat à deux égards. D’une part la création des cryptomonnaies met au défi la souveraineté des Etats, initialement attentistes devant la montée en puissance d’un système monétaire concurrent, mais dont la réaction semble désormais inévitable pour lutter contre les risques spéculatifs. L’émergence des cryptomonnaies, un temps rêvée par les libertariens comme une libération du joug de l’Etat n’est qu’un des avatars de ce que permet la blockchain. D’autre part la blockchain remet en cause le rôle de l’Etat dans la garantie de la propriété. Les smart contracts, les enjeux de conservation des documents, la certification mutualisée, la propriété d’objets virtuels (NFT) sont autant de processus décentralisés qui tendent à concurrencer les notaires, les commissaires de justice et une grande partie du système administratif et judiciaire. La caractérisation du réel, condition traditionnelle des missions régaliennes de l’Etat, s’en trouve aussi affectée.


Documents joints

Programme du colloque Propriété, souveraineté, mondialisation. Regards comparés

14 mai 2022
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